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Charles Nungesser
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L'indesctructible
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Charles Nungesser, l'indestructible

Par David Méchin

 
Une jeunesse aventureuse

Nungesser Charles Nungesser nait à Paris le 15 mars 1892 mais son enfance se déroule dans la ville de Valenciennes. Ses parents divorcent assez tôt et le jeune Charles passe une enfance choyée par sa mère, mais garde de son père un goût pour le sport. Il réussit des études secondaires en mécanique et développe très vite une fascination pour l’aviation. Abandonnant sa préparation au concours des arts et métiers, il décide de se lancer dans la vie mais va de déboires en déboires en se faisant voler ses économies. Il décide alors de tenter sa chance dans le nouveau monde en émigrant au Brésil où un de ses oncles possède une plantation. En débarquant à Rio de Janeiro, il apprend que l’oncle a disparu en Argentine sans laisser d’adresse ! Il est alors livré à lui-même dans un pays inconnu et se débrouille en pratiquant divers métiers, travaillant dans un atelier de mécanique et pratiquant divers sports dont la boxe… L’oncle refait finalement surface et l’emploie dans sa plantation, où il devient cow-boy et pratique l’équitation et le tir. Sans doute atteint du mal du pays, il revient en France peu avant le déclanchement de la grande guerre et s’engage dans la cavalerie au 2eme régiment de hussards le 25 mai 1914.

Sa vie de garnison est en fait très courte puisque suite à la tension internationale la guerre est déclarée par l’Allemagne le 3 août 1914. Comme beaucoup de régiments de la cavalerie française, le 2eme hussards participe à la « course à la mer» tentant de déborder vers l’ouest l’armée allemande qui déferle en Champagne. C’est à ce titre qu’il participe à la bataille de Guise et à la campagne des Flandres, et n’allait pas tarder à s’y distinguer.

Le 3 septembre 1914, son régiment étant bousculé par l’ennemi, il participe avec son lieutenant et deux fantassins perdus à une patrouille et se retrouve rapidement entre les lignes, les tranchées n’existant pas encore en ce début de guerre. Un accrochage avec les allemands blesse son officier. Il part le mettre en lieu sûr, mais revient rejoindre les deux fantassins pour accomplir sa mission… La petite troupe voit arriver une voiture Mors dans laquelle se trouvent quatre officiers prussiens. Nungesser et ses compagnons font feu de leurs fusils et abattent les allemands, puis prennent leur place en revêtant leurs uniformes. Ils roulent ensuite à tombeau ouvert vers les lignes françaises, qu’ils atteignent après avoir essuyé des tirs des deux camps.

Des plans de bataille ayant été trouvés sur les corps des officiers allemands, Nungesser tient à tout prix à les montrer au général commandant son unité. Mais il sait que le simple cavalier qu’il est aura le plus grand mal à remonter jusque là… Il se fait passer pour un espion allemand se constituant prisonnier. Le stratagème fait son effet, puisqu’il est conduit près de son chef à qui il raconte son épopée et livre les plans de bataille trouvés dans la Mors. Très impressionné, le général l’invite à sa table pour fêter cet exploit, surnommant son subordonné « le hussard de la Mors ! ». Nungesser est récompensé par une promotion au grade de brigadier le 5 décembre et reçoit la médaille militaire. Mais plus important : sa demande d’affectation dans l’aviation est acceptée, lui donnant enfin l’occasion d’accéder à son rêve de devenir pilote.

Dans l’aviation de bombardement

Nungesser gagne l’école de pilotage d’Avord le 22 janvier 1915 et apprend à piloter les bombardiers Voisin, s’entraînant également sur les terrains du Bourget et d’Etampes, obtenant son brevet le 2 mars 1915 et sa nomination au grade de maréchal des logis le 28 mars. On lui attribue un mécanicien personnel, le maître ouvrier Roger Pochon, avec qui il se liera d’amitié. Les deux hommes reçoivent vite leur première affectation : l’escadrille VB 106, basée à Dunkerque - Saint Pol sur Mer, que Nungesser rejoint sur son Voisin n°537 le 8 avril 1915. Ils effectueront plusieurs missions sur les villes du Nord et de Belgique, lâchant des obus transformés en bombes sur les gares ou dépôt allemands, récolant des éclats de DCA à plusieurs reprises – ces missions sont accomplies de jour comme de nuit. Nungesser y rencontre ses premiers appareils ennemis mais les mais les combats qu’il y engage sont sans succès. Nommé adjudant le 15 mai, il fait modifier son Voisin en y fixant un lance-bombe permettant l’emport d’un énorme obus de 220. Pour compenser ce poids supplémentaire, le Voisin n’emporte plus de mitrailleur et son arme est placée en position fixe pour être actionnée par le pilote.

Il part alors tester son invention le 2 juin en s’attaquant seul à des batteries sur Vimy. Le feu d’artifice ainsi provoqué ayant dû être aperçu en haut lieu, il reçoit une citation pour son action qui restera sans lendemain car son Voisin, endommagé par la DCA, étant réformé. A peine a t’il perçu un nouvel appareil au Bourget que son escadrille doit déménager de Dunkerque à Malzéville, un aérodrome au nord de Nancy. Les missions y reprennent de plus belle et le 30 juillet, il croise un avion allemand ayant attaqué un ballon français, et fonce à l’attaque. Son mitrailleur, qui n’est pas Pochon mais un soldat nommé Gaston André, tire adroitement et le touche, le forçant à se poser d’urgence entre les lignes. Les deux aviateurs allemands décampent mais leur avion est capturé, et exposé sur la place Stanislas où Nungesser pose fièrement devant les photographes.

Cité pour ce nouvel exploit avec son mitrailleur, il en profite pour demander son affectation dans l’aviation de chasse ce qui lui est immédiatement accordé car il est détaché dès le 1er août au Bourget pour suivre un entraînement au pilotage sur Morane Parasol durant tout le restant du mois, au cours duquel il pilote également le nouveau Nieuport 10. Revenant le 31 août à la VB 106 à bord d’un Morane de chasse « Type Garros », il effectue quelques missions sur Voisin avant d’être de nouveau détaché avec Pochon sur l’aérodrome de Lyon-Bron le 9 septembre, où l’escadrille de bombardement lourd CEP 115 est en formation et dont l’affectation prévue sera précisément le terrain de Malzéville. Il réalisera plusieurs vols sur le bombardier trimoteur Caproni à bord desquels embarque aussi Pochon. Mais il ne se voit pas pour autant devenir pilote de bombardier lourd et il obtient de quitter Bron pour se rendre au Bourget prendre possession d’un chasseur Nieuport 10 avec lequel il rallie Nancy - Malzéville le 27 octobre pour rejoindre la N 65, une escadrille de chasse en cours de formation.


Chasseur à la N 65.

Son arrivée dans cette nouvelle escadrille ne passe pas inaperçue. Il fête son retour à Malzéville en effectuant des acrobaties avant de se poser. Son chef le réprimande en lui disant de réserver ses acrobaties pour l’ennemi. Ce qu’il fait… Il décolle vers un aérodrome ennemi, au dessus duquel il exécute tout ce qu’il sait faire devant des allemands stupéfaits. Il revient au terrain et rend compte : « C’est fait, mon capitaine ».

Le terrain de Malzéville est alors rejoint par les Caproni de la CEP 115 début novembre, et le mauvais temps contraint tous les aviateurs à rester au sol. Nungesser bondit alors dans son nouveau Nieuport dès que le climat s’y prête et réalise plusieurs sorties au-dessus des lignes parvenant à rencontrer des appareils ennemis à deux reprises les 18 et 19 novembre. La première fois, sa mitrailleuse s’enraye ; pour la seconde l’Albatros qu’il poursuit jusqu’à Aviancourt parvient à s’enfuir, malgré 6 chargeurs de Lewis tirés… Sans doute frustré, Nungesser se défoule en réalisant de nouveau des acrobaties au dessus du plateau de Malzéville, qui lui valent le 26 novembre 8 jours d’arrêts simples infligés par son chef d’escadrille qui l’en avait pourtant interdit à deux reprises. Il n’accomplira pas sa punition car il abat le lendemain un avion d’observation allemand qui s’écrase devant les tranchées françaises. Nungesser est proposé pour la légion d’honneur qui lui est accordée le 8 décembre suivant.

Il effectue début décembre un nouveau séjour au Bourget pour prendre possession de son premier Nieuport 11, avec lequel il repart au combat et affronte à deux reprises mais sans succès des avions ennemis les 14 et 16 décembre. Cherchant sans doute à obtenir plus de précision de tir, il fait installer sur son Nieuport une hélice blindée « de type Garros » qui lui permettra de tirer à travers l’hélice. Il note que les performances de son avion ne sont pas sensiblement meilleures avec ce système que l’on ignore s’il utilisa au combat : il n’eut cette occasion qu’une seule fois, le 4 janvier 1916, sur un Fokker poursuivi dans la région de Château Salins qui lui file entre les doigts malgré 5 passes de tir.

Un terrible accident

A partir du 12 janvier 1916, sans doute en raison d’une pénurie de pilotes à la CEP 115 voisine, il effectue plusieurs vols sur Caproni. Ceux-ci, encore peu au point, ont des problèmes de fiabilité avec leurs moteurs. Le 17, il doit effectuer un atterrissage d’urgence à Pont à Mousson et son appareil capote. Nungesser s’en tire avec de nombreuses contusions et doit faire un court séjour à l’hôpital avant de reprendre ses vols le 28 janvier, cette fois sur Nieuport. Mais le sort va s’acharner sur lui. Le 30 janvier 1916, il part pour le Bourget en Nieuport pour y essayer de nouveaux appareils. C’est à cette occasion que son attention se porte sur un petit chasseur aux lignes compactes, le Ponnier. Il décide alors de l’essayer en vol. L’avion, aux ailes très courtes, se révèle dangereux à piloter. Nungesser en fait tragiquement l’expérience en décrochant au décollage : « Je faisais au décollage une chute terrible : on me relevait avec les jambes brisées, la mâchoire fracassée, le palais défoncé par le manche à balai, la voûte crânienne aplatie et des contusions un peu partout. J’étais relevé mourant. » A la surprise générale, il vit toujours et demande à se relever quelques heures plus tard… Il refuse sa réforme et, animé par une farouche volonté de se rétablir, reprend les commandes d’un avion. Jacques Mortane se souvient de l’avoir personnellement croisé pendant sa rééducation, dans un aérodrome, où il est porté couvert de pansements dans un Nieuport à bord duquel il effectue des acrobaties, pendant que l’assistance retient sa respiration. Il quitte le terrain
non sans avoir salué Mortane :  « Avant quinze jours, j’aurai ma troisième victoire, je le jure ! »
 
Nungesser après son accident sur Ponnier(SHDA)

La bataille de Verdun

Nungesser ne peut pas marcher sans ses canes est incapable de sortir ou d’entrer dans son Nieuport. Qu’importe, il se fait porter par Pochon, et rejoint son escadrille le 29 mars 1916 en pleine bataille de Verdun, basée à Bar-le-Duc / Béhonnes, faisant désormais partie du groupement de chasse du commandant de Rose. C’est là que Nungesser va obtenir en quelques semaines d’intenses combats les honneurs du  communiqué des armées qui le consacrera au rang d’as.

Survolant le front dès le 31 mars 1916, il attaque un Albatros de réglage d’artillerie sur qui il vide un chargeur et qui s’enfuit en piquant verticalement, dans la région de Douaumont-Louvemont. La victoire ne lui sera pas reconnue bien que les archives allemandes nous confirment la perte. Il obtient sa 3eme victoire officielle le 2 avril, en détruisant en flammes un Drachen à Septsarges (au nord-ouest de Verdun) avec des balles incendiaires. Le 3 avril, au cours de la même sortie, il engage trois fois le combat. Deux fois sans conclure: au-dessus d'Etain, puis du Bois-Bourru. La troisième est la bonne. Il abat un avion de reconnaissance près de Cumières.  Et le 4 avril, il combat un bimoteur « qui pique et vient s’écraser sur le sol près de l’étang des hauts fourneaux », obtenant ainsi sa cinquième victoire, qui lui vaut sa promotion au grade de sous-lieutenant à titre provisoire.
 
Nungesser guerre 1914 1918 aviation

Il continue sur sa lancée en réalisant un doublé le 25 avril : un LVG est d’abord abattu sur les tranchées au nord de Verdun, et homologué grâce au témoignage de ses camarades d’escadrille. Le second, toujours un LVG, ne le sera pas : attaqué sur la forêt de Hesse, son moteur est détruit mais l’avion ennemi parvient à rentrer en vol plané et à sa poser sur son aérodrome à Cuisy. Le lendemain 26 avril, il tombe sur un groupe de 3 LVG escortés de trois Fokker. Il fonce à l’attaque et parvient à abattre un LVG qui volait en retrait du groupe, et qui tombe en flammes dans la forêt de Spincourt. Mais les autres avions allemands se ruent sur lui pour venger leur camarade – des bordées de balles entourent bientôt son avion. Nungesser, ses munitions presque épuisées, tente le tout pour le tout en se plaçant au milieu des avions ennemis, qui n’osent plus tirer de peur de toucher un camarade. Après d’interminables minutes d’acrobaties, les allemands abandonnent et Nungesser parvient à grand’ peine à regagner ses lignes, où il s’écrase. Son Nieuport 11 n°880 qu’il avait décoré de l’initiale « N », compte 18 impacts de balles dont 7 dans le moteur et est bon pour la réforme ! Il part le lendemain pour le Bourget en chercher un nouveau et goûter pour quelque temps aux joies de la capitale. Le communiqué du 27 avril 1916 a cité son nom, lui conférant la célébrité que commencent à relayer les journaux.

Le 17 mai 1916, il est de retour à son escadrille désormais basée à Lemmes, entre Verdun et Bar-leDuc. Deux jours plus tard, il obtient sa huitième victoire officielle en abattant un LVG au-dessus du bois des Forges. Le 22 mai, il est sélectionné avec cinq autre pilotes pour faire partie du coup de balai contre les Drachen effectué par des Nieuport 16 équipés de fusées Le Prieur ; l’as remportant une nouvelle victoire. Le 22 juin suivant, il obtient un « doublé » à Lamorville, au sud-est de Verdun, en abattant ses deux assaillants après un furieux combat dont il ressort encore une fois en lambeaux : Nungesser se pose sur les troisièmes lignes françaises et capote dans un trou d’obus. Il en ressort blessé à la tête, au bras droit et au genou gauche. Ce sont des blessures supplémentaires que son corps affaibli supporte difficilement. Il est quitte pour un nouveau séjour à l’hôpital jusqu’au 9 juillet, date à laquelle il peut essayer en vol le premier Nieuport 17 livré à l’escadrille et équipé d’une mitrailleuse tirant à travers l’hélice. Il y appose pour la première fois ce qui sera son insigne personnel : un crâne et deux tibias, surmontés d’un cercueil et de deux bougies, dessinés dans un cœur noir. Toujours basé à Lemmes, il effectue dans le mois de juillet plusieurs vols sur les lignes, faisant occasionnellement escale sur son ancien terrain de Nancy le temps d’une nuit, pour repartir le lendemain continuer à chasser les appareils ennemis le long du front.

Le 22 juillet, il rencontre ce qu’il décrit comme un  « Aviatik de chasse » qu’il revendique abattu dans la région des Eparges. Il se pose après ce combat à Souilly, au sud de son aérodrome, puis gagne pour une courte visite son ancien terrain de Béhonnes désormais occupé par la N 124, l’escadrille américaine. Les pilotes américains sont fortement impressionnés par la visite de cet as aux 12 victoires au sourire métallique (toutes ses dents  naturelles ont été brisées dans ses accidents). Ils ne manquent pas de photographier l’appareil portant l’insigne macabre… 

Toute une guerre en convalescence.

La bataille de Verdun est terminée pour la N 65 qui opère désormais sur le front de la Somme, où l’as va multiplier les succès, terminant l’année 1916 avec un total de 21 victoires homologuées, n’étant dépassé que par Guynemer. Mais ses multiples fractures qui n’ont pu être réellement soignées le contraignent à interrompre ses vols. Les médecins militaires parviennent à la forcer au repos au début de l’année 1917. Mais c’est compter sans la volonté de Nungesser de voler à tout prix. Il parvient à négocier un curieux arrangement avec ses médecins : être affecté dans une escadrille qui stationne à côté d’un hôpital. On lui trouve à cet effet une affectation à la VB 116, une escadrille de bombardement basée à Saint-Pol sur mer tout près de l’hôpital de Dunkerque où il sera soigné. Il y est détaché le 26 mars 1917, et la rejoint avec son mécanicien Pochon et son chasseur Nieuport. Confirmé à titre définitif dans son grade de sous-lieutenant quelques jours plus tard, il retrouve le secteur qui fut celui de ses premiers combats et que quadrille désormais l’aviation britannique accompagnée de quelques escadrilles françaises, dont celles de l’aviation maritime précisément basées à Dunkerque. Nungesser s’y fait rapidement un nom d’autant plus qu’il remporte six nouvelles victoires confirmées pour le mois mai 1917. Alors que le rapide chasseur SPAD équipe maintenant en nombre les escadrilles françaises, Nungesser reste fidèle au Nieuport qu’il juge supérieur sur le plan de la maniabilité. Il fait même du prototype Nieuport 25 (un Nieuport 24 remotorisé) son avion personnel. C’est peut-être en procédant aux essais de cet appareil le matin du 26 juin 1917 qu’il est victime d’une méprise et attaqué par un avion anglais qui le touche de plusieurs balles. Malgré les grands gestes effectués par Nungesser, l’anglais poursuit ses attaques et il doit se résoudre à se battre pour se défendre : l’avion britannique est abattu. Son pilote était bien un jeune pilote anglais fraîchement arrivé au front et trop inexpérimenté pour distinguer l’avion de Nungesser d’un avion allemand… Bouleversé par cette aventure, il fera désormais barioler ses appareils de bandes tricolores pour éviter toute nouvelle méprise. Mais la journée n’est pas terminée, puisqu’il revendiquera deux appareils ennemis dans l’après-midi, qui, contrairement à une légende, ne sont pas deux chasseurs allemands de l’escadrille d’Hermann Göering dont ce dernier l’aurait soi-disant défié en duel. La vérité est toute autre : Nungesser revendique ce jour un avion d’observation sur Drocourt (les archives allemandes confirment la perte du Ltn d. R. Paul Schweizer (Pilote) et du Gefr. Ernst Bittorf (Obs), de la FA 269(A) tués entre Fresnoy et Drocourt) ainsi qu’un bombardier Gotha (L’équipage composé du Ltn Paul Hagenmeyer, Gefr Otto Heinz, Ltn Walter von Knorre et du Gefr Paul Vogl du KG 1/Ks 5 est effectivement tué à « La Briquette », un quartier de Valenciennes distant de 50 km de Drocourt).

Le mois de juillet 1917 est marqué par l’arrivée à St-Pol sur mer de la célèbre escadrille Spa 3 de Georges Guynemer, qui a depuis longtemps distancé Nungesser au tableau de chasse. On ignore si les deux as se sont côtoyés mais il est sûr qu’ils ne voleront guère ensemble, Nungesser restant fidèle à ses croisières en solitaire au cours de l’une desquelles il abat d’ailleurs un bombardier Gotha le 16 août 1917, ce qui porte à 30 le nombre de ses victoires homologuées, tandis que Guynemer est à 50… Le destin touche la chasse française le 11 septembre 1917 quand ce dernier disparaît en combat aérien au dessus de Poelkapelle en Belgique, Nungesser devenant alors le premier chasseur français vivant.

Sa santé étant à peu près rétablie, le 30 septembre 1917 il retourne à la N 65 désormais équipée de chasseurs SPAD. Nungesser est alors nommé lieutenant mais un nouvel accident va presque immédiatement le remettre sur le chemin de l’hôpital. Le 9 octobre 1917, alors qu’il rentre en voiture avec Pochon d’une virée nocturne à Paris vers le terrain de son escadrille, le véhicule fait une sortie de route et percute un arbre. Nungesser se retrouve éjecté du véhicule et se réveille la mâchoire de nouveau fracassée.

Pochon, les cervicales brisées, est tué sur le coup.  Durement affecté par cette perte, l’as trouve encore la volonté de reprendre le combat après une nouvelle période de convalescence. Mais son corps dont tous les os ont été brisés au moins une fois dans cette guerre ne lui permet plus autant de vols qu’il ne le souhaiterait. Il maintient toutefois un bon « rendement » en remportant huit nouvelles victoires confirmées jusqu’au mois de juillet 1918, plus un certain nombres non homologuées. Le temps des corsaires solitaires est révolu et il fait désormais équipe avec d’autres pilotes, avec qui il remporte ses dernières victoires le 14 août 1918 où il incendie quatre Drachen et le lendemain où sa patrouille descend un avion. Sans doute fatigué par ses blessures, il ne participe pas aux grandes offensives alliées de septembre 1918 et doit terminer la guerre plus ou moins au repos, avec un palmarès de 43 succès homologués, ce qui en fait le 3eme as de l’aviation française derrière Fonck et Guynemer.

Après-guerre

Les combats terminés, il profite de sa notoriété pour ouvrir une école de pilotage à Orly qui fait rapidement faillite faute de candidats. Il gagne médiocrement sa vie avec des meetings aériens, qu’il va aussi effectuer aux Etats-Unis. Il y rencontre son épouse, Mlle Consuelo Hartmaker, et se marie à New York le 25 mai 1923. En 1925, il est l’acteur principal d’un film muet, « The Sky Raider », racontant de manière romancée sa vie pendant la guerre. L’argent revient pour un temps mais sa notoriété, et les revenus qu’elle lui procure, finissent par s’affaiblir. Il se décide à venir sur le devant de la scène en réalisant un grand coup : la traversée de l’Atlantique, pour laquelle l’opinion mondiale se passionne. Le financier Raymond Ortiz offre même un prix de 25 000 $ au premier aviateur à réussir un Paris / New York ou inversement. Plusieurs tentatives, dont celle malheureuse de René Fonck en 1925, ont déjà eu lieu et d’autres sont en préparation, dont celle de Charles Lindbergh qui semble être un candidat très sérieux. Charles Nungesser prépare un tel raid dans le sens Paris-New York avec un Levasseur PL-8 modifié, dans lequel il embarquera un navigateur, François Coli, vétéran de la Spa 62. Afin de gagner du temps, les essais de l’appareil sont réduits au strict minimum…

Le 8 mai 1927, « l’oiseau blanc » lourdement chargé de carburant décolle péniblement du Bourget et se dirige vers l’ouest. Il est photographié une dernière fois à Etretat où il largue son train d’atterrissage. Le lendemain, les journaux annoncent que l’avion a été vu à Terre- Neuve, et d’eux d’entre eux, « L’intransigeant » et « La presse » font leurs titres sur l’arrivée à New York des aviateurs. La nouvelle est on ne peut plus fausse : Nungesser et Coli ont disparu corps et biens… Douze jours plus tard, Lindbergh décolle de New York et réussit la grande traversée. Reçu triomphalement à Paris, il trouve le temps de rendre visite à la mère et l’épouse de Nungesser leur assurant que tout est mis en œuvre pour retrouver sa trace. Plusieurs témoignages ont en effet fait état de bruits d’avion entendus à Terre-neuve ainsi que par un pêcheur sur un lac du Maine, qui aurait précisément distingué un bruit de moteur d’avion se couper au-dessus des nuages. Nungesser a t’il réellement vaincu l’Atlantique ? Une seule chose ne peut être affirmée qu’avec certitude : le 8 mai 1927, Charles Nungesser est entré dans la légende.

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