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Accueil Qui sont les As 19 victoires et plus 18 à 12 victoires 11 à 9 victoires 8 victoires 7 victoires 6 victoires 5 victoires Aperçu Chronologique Avant Guerre 1914 1915 1916 1917 1918 Mises à jour D'accord/Pas d'accord Contributeurs Souscription
Sur le front
Le Figaro des 12 et 13 janvier 1916
 

Le journal du Dr Emile Reymond
 
Lorsqu’on parle en France de l’aviation, pour se réjouir des services rendus, des exploits accomplis, ou pour déplorer la façon dont elle est organisée, administrée, on s’accorde unanimement avec cette phrase glorieuse et cruelle « Ah ! Si Reymond était là ! »
Dans les discussions qui se prolongent au Parlement et qui ont un écho dans le pays une voix s’élève ici qu’on n’avait pas entendue depuis les prophétiques interpellations du Sénat. Le Docteur Emile Reymond vient servir à nouveau son pays auquel il donna sa vie. A ceux qui parlent, il propose encore une fois l’exemple de son action. Qu’on lise son journal, écrit au jour le jour depuis el 10 août 1914, où il rallia son escadrille, jusqu’au 21 octobre, où il tomba au champ d’honneur.
Le Figaro a l’honneur de publier ces pages qui ajouteront é la gloire  de l’apôtre de l’aviation française. Elles sont extraites du cahier que possède Madame Emile Reymond et qui ne pourra être publié intégralement qu’après la guerre. Car celui qui écrivait avant sa mort à un ami –« J’apprends beaucoup et je me réjouis de ne m’être laissé empaperassé dans aucun état-major », avait le droit de critiquer, de protester contre les défaillances, de déplorer l’état dans lequel il trouvait l’arme qu’il avait voulu assurer à la France. On ne trouvera donc ici que e récit familier de sa vie au camp, de son service. En même temps que la vertu du citoyen apparaît à la simplicité du récit, on admire l’application, le zèle du soldat. Et l’artiste se trahit, traçant en deux traits un tableau qui reste gravé dans les yeux.
Parfois un mot suffit à rappeler le chirurgien : « Rien à faire à cause du vent. Je vais à l’hôpital ».
A cet exemple de dévouement si complet, si simple, si naturel, ion pense au journal du Capitaine Scott.
Nous ne nous sommes permis d’ajouter à ces fragments du journal d’Emile Reymond que deux textes qui confirment sa véracité : les deux textes de ses citations à l’ordre du jour de l’armée. Régis Guignoux
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Lundi 10 août 1914 –En déjeunant les officies aviateurs ont parlé de l’exploit de D…, un «exhibitionniste », un « farceur » qui s’amuse à passer à un mètre au dessus des toits des maisons.
Tout à l’heure, D… dont je ne me souvenais pas, est venu me raconter son aventure : il était accompagné de M… mon petit mécanicien que je ne prévoyais pas devoir jamais être à pareille fête. Boussole mauvaise, nuages bas et, à un moment donné, grand fleuve que D… cherche en vain sur sa carte au 200.000è de Vesoul. C’est le Rhin ! D… a l’impression de s’être bien perdu. Une ville, il descend, arrête, coupe l’allumage, sort de l’appareil. Le premier habitant lui dit qu’il est à Mulhouse. D… remonte. M… lance l’hélice et grimpe. L’appareil s’élevant les soldats qui montaient la garde à coté se seraient couchés à terre. On ne tire pas de Mulhouse. On fusille d’Altkirch par peloton et à volonté, à coup de canon et mitrailleuses tirant de clochers. En tout trois balles dans l’appareil.
Mercredi 12 août. –C’est justement l’appareil de D… que l’on me confie.
15août –Des cloches, de gros nuages. Une ville paisible, Par ma fenêtre le jardin mouillé et tiède ; un grand repos, Un ronflement lointain. Un avion au ras des nuages passe comme un bourdon.
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20 août –La canonnade est continue et se rapproche. Une batterie nous croise en sens inverse. Au lieutenant en premier B… demande »Pourquoi changez-vous de position ? –Parce qu’un avion allemand a passé sur nous. Nous sommes repérés, grâce à sa télégraphie sans fil : nous n’avons plus qu’à changer nos positions. »
H… une batterie encore muette, au nord du village. Derrière chaque maison les habitants sont groupés prêts à fuir avec les objets indispensables : les enfants jouent encore dans le ruisseau.
22 août –Essai d’appareil avec passager et le plein : numéro 246. Peut monter à 2.000 mètres en 50 minutes.
23 août –Je conduis le 246 à Belfort avec L… Mécanicien comme passager. Au moment de partir G… mon mécanicien arrive muni d’un Lebel et d’une baïonnette. J’ai toutes les peines du monde à le munir d’un simple mousqueton plus portatif.
26 août –Très belle reconnaissance. Partis les 3èmes nous rattrapons B qui tenait la tête. Dans les nuages nous le grattons à 50 mètres de distance. Je lui montre combien il m’est facile de le mettre en joue avec ma carte. Comme il a oublié la sienne il croit simplement que je me moque de lui.
30 août –Forêt d’A… dont le nord est toujours entouré de tranchées que tiennent nos troupes. De ces tranchées on voit en face les tranchées allemandes où rien ne bouge. Plus loin se découpant sur le ciel quelques patrouilles  de hulans.
1er septembre –Exploration pilotée par de L… jusqu’à L…en traversant la forêt de CH…Gerbevillers flambe toujours, le fort de M… éteint. Est-il pris ?
Du bois de Ch… on nous canarde. Ce sont des français. De la forêt de M… occupée par les allemands, pas un coup de feu. Que les français tirent sur les français je n’y voie pas d’inconvénient puisqu’ils ne les atteignent pas ; mais qu’ils tirent sur les avions allemands c’est très regrettable puisque c’est ainsi qu’ils leur apprennent que le bois est occupé par eux.
Atterrissage. Après déjeuner on rejoint en auto la batterie de C… Essais de réglage de tir. Fusées pour réglage. Virage du coté de l’erreur de direction.
3 septembre –J’apporte à l’escadrille le relevé des batteries occupées entre B… et R…Ce relevé est superposable à celui qu’ils ont obtenu par reconnaissance d’avions de batteries occupées ou abandonnées.
4 septembre –A l’arsenal j’ai été étudier l’avion allemand qui paraît être un aviatik mais qui a un moteur Mercédès au lieu d’un Argus comme ceux de Mulhouse.
5 septembre –En arrivant sur le terrain d’atterrissage, accident de T… glissade sur l’aile, a voulu piquer, n’a pas eu le temps de se redresser. T… meurt presque aussitôt après avoir àtà retiré des débris. Symptômes de compression du bulbe. Trois chiffons bleu blanc rouge sur le corps. Figure très calme.
C’est l’après-midi à 15h. ½ que nous partons (de L… pilote) du champ d’atterrissage pour une reconnaissance armée sur B…et d’autres lieux. Ne heure avant d’atteindre 1800 mètres, je m’impatient et voudrais franchir la ligne de feu. De L… grimpe toujours et il a raison.
La vallée de la Mortagne nous appartient toujours, mais les villages n’existent plus. Gerbeviller apparaît de loin comme une belle ville orientale : des maisons blanches, des terrasses plus sombres. En approchant on reconnaît une ville incendiée. Tous les toits manquent sauf deux dont la taches rouge déplait.
Lunéville, et l’on remonte la vallée de la Meurthe qui, elle, est toute occupée par les Allemands.
A Saint-C… on vire au nord. On trouve la forêt de…on gagne la vallée de la V…que l’on remonte. Bl… est presque vide.
C’est en le survolant que nous voyons un premier aviatik marchant en sens inverse gagnant en hauteur. Il est à notre gauche. Je tire de l’épaule droite, visant bien le pilote. L’appareil pique et descend. Il n’a eu que peur.
De L… me tire par la manche. A droite, beaucoup plus près, presque à même hauteur, un autre avion allemand court sur nous et se rapproche. J’épaule à gauche et vise au milieu de l’hélice. Le coup rate. Je ne prends pas le temps de regarder ce qu’a le mousqueton. Je sors mon revolver de sa gaine et vise avec soin. Etant donné la situation du pilote dans l’aviatik, il ne pourrait tirer qu’à travers son hélice. Je le laisse donc approcher. A 80 mètres environ je décharge les six coups bien en ligne. L’appareil pique et vire brusquement.
C’est à ce moment que nous entendons une détonation formidable en arrière. Je me retourne. Eclatement d’obus en arrière et un peu à droite. De L… perd de la hauteur pour gagner de vitesse et s’engage sur la forêt du Grand R… ; 24 coups de canon, 24 éclats d’obus à bonne hauteur, mais en arrière et un peu à droite. Chacun est une belle étoile rouge se transformant en boule de fumée. L’ensemble est un chapelet très régulier qui nous suit.
Les canons droits que je n’ai pu voir devaient être dans les environs de N…-M…
On rentre. A r…l’E…, sur un groupement d’infanterie, je laisse choir une bombe.
7 septembre –Jolie promenade à cheval avec un lieutenant de dragons. A trosi heurs je dois partir avec de L…
Je suis revenu de mon excursion et j’ai bien cru que nous n’en reviendrions pas. Pour gagner de la hauteur, de L… a remonté la Moselle jusqu’à R…, puis la Moselette jusqu’au desus des lacs de G… Nous étions à 2.400 mètres –heureusement- et je distribuais pacifiquement des bulletins annonçant aux troupes allemandes que les trois nations alliées ne feraient le paix que d’un commun accord (décision de Londres traduite n allemand).
De F… montent jusqu’à nous des colonnes de fumée de maisons en flammes. A gauche Saint-L… C’est dans le fond de cette vallée que meurent sans secours les blessés français et allemands. Depuis six jours, quand nos ambulanciers y descendent, les allemands tirent sur eux ; nous tirons de même sur les ambulanciers allemands. Chacun reste maintenant chez soi y compris les blessés.
[On se souvient que le docteur Reymond avait préconisé l’aéroplane comme moyen de retrouver les blessés et qu’il fit aux grandes manœuvres de 1912, sur son appareil, des exercices de démonstration très concluants]
Donc, vallée de la Meurthe, puis un virage à droite et, sans s’en douter, de L…nous conduit à la nuit tombante sur Badonvilliers où il s’était promis de ne pas repasser. Immédiatement les obus éclatent sur nous, un peu bas, mais bien en direction. Tous me semblent à gauche et je devais ensuite constater que le seul qui nous ait atteint avait éclaté à droite. Trente-huit obus, un toutes les 20 secondes. Il n’est pas possible que le canon reste en place. C‘est alors que je constatais que nous volons le long de la route de B… et que le canon monté sur auto nous court après tout en tirant. Je fais faire un virage à droite et c’est à ce moment que j’entends un choc au dessous de moi : une balle dans le réservoir à essence arrière, comme je devais le constater à notre arrivée.
A ce moment devant moi de grands étangs. Ils ne correspondent à rien de ce que j’ai sur ma carte. Celle-ci s’arrête en effet à R…au dessus des Vosges. De L… ne cesse de se retourner pour me dire qu’l ne sait plus du tout où il est. Je ne distingue plus l^’endroit où le soleil s’est couché. Je ne vois pas la boussole. Je ne lis plus ma carte. Je vois seulement à ma montre qu’il est six heures et demie. Il y a donc deux heures que nous volons et nous n’avons ris d’essence que pour deux heures.
J’indique à de L… ce que je crois être le sud-ouest. C’est la seule chance quand va se produire la panne d’essence, de descendre en dehors des lignes allemandes. Mais au-dessous de moi les points rouges indiquent assez qu’in continue à nous tirer dessus
Le sol devient de plus en plus obscur. Cependant une tache plus claire, un fort abandonné. J’ai vu cette tache déjà. C’est M… Au devant une autre tache : le terrain de manœuvre de L… On peut s’orienter, d’autant plus que la Moselle met là-bas des taches lumineuses.
En route pour Epinal avec l’espoir que la lune va se lever ; elle ne se lève pas et le temps passe lentement. Enfin une lueur à l’horizon. Trois mèches rouges sur le terrain. Atterrissage. Encore deux litres d’essence et un litre d’huile
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11 septembre –Rien à faire pour moi aujourd’hui. D’ailleurs les pilotes commandés ne partent pas à cause du vent. Je vais à l’hôpital.
A sept heures, nouvelles de la grande victoire. Le diner se passe à chanter victoire et à faire des projets. Vaut-il mieux investir ou ne pas investir Strasbourg ?
Pourvu que demain soit digne d’aujourd’hui.

12 septembre –La nouvelle s’est répandue dans toutes les lignes allemandes : ils connaissent leur défaire. Ils vont se retirer avec armes et bagages, oubliant même beaucoup d’entre ceux-là.
Pour cacher leur départ, les Allemands ont forcé les habitants à rester sous terre. A D… ils ont dit : « Vous allez rester dans vos caves et vous n’en sortirez pas avant dix heures du matin. Si vous en sortez, vous subirez le même traitement que cette femme ».Et ils ont fusillé la femme.
Quand les habitants ont, le lendemain, peureusement quitté leurs caves, D… était depuis longtemps vide d’Allemands, sans qu’on sache quel chemin ils avaient pris.
C’était le moment de mettre en œuvre toute l’aviation, de courir après toutes les colonnes, de les suivre, d’étudier les points de ralliements et les gares d’embarquement, la direction des trains.
Mais…
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Nous sommes partis à 9 heures avec le commandant G… en auto pour R… et au-delà sur la route de B…
Bois d'A…, haché, bouleversé, traversé en tous sens de tranchées, parsemés d’abrias ou les soldats ont vécu des semaines. De beaux arbres coupés par les obus.
A la lisière du bois, un triste spectacle. A gauche de la route, le long des tranchées à peine commencées, culottes rouges et tuniques bleues qu’in a peine à reconnaître appartenir à des soldats français tant le cadavre, datant de huit jours,  peut être, est misérable, rabougri, momifié.
A droite une batterie française clouée sur place. Pas une pièce n’a été sauvée. Le capitaine, mort à son poste, un certain nombre de servants de même. Tout cela datant de huit jours, et malgré la teinte noire des cadavres paraissant garder l’impression du dernier geste.
M… village détruit par nos obus. Sur la route des piétons angoissés regagnent leur maisons dont ils ne retrouveront que des ruines ;d des chars lorrains chargés des familles, aux traits ravagés, maigris, au teint jaune et fiévreux. Dans chaque char un entassement de vieillards, d’enfants de brebis  ou de veaux.  Ils viennent des villages voisins, des bois. Ils comptent retrouver leur abri, mais pour combien de temps ? Les prussiens reviendront-ils ? Ils en ont la triste expérience.
Pour l’instant l’ennemi paraît bien en retraite. Quelques trainards sont faits prisonniers. Une patrouille française vient d’en cueillir quelques uns. En voici un autre qui fuit de notre coté. Nous lui barrons la route en lui criant de se rendre. Il reprend sa course en sens inverse, tombe sur trois chasseurs à pied , regagne le bois avec la vitesse de la bête aux abois et qui se sent traquée. Dans le bois es coups de fusil se rapprochent, la bête est forcée : un grand Badois au front rouge, aux jambes immenses. B…, des cris, des applaudissements. Nous sommes les premiers officiers français qu’on ait vus depuis longtemps. Notre auto est pavoisée de fleures par les enfants et les femmes. Comment pouvait-il rester autant de fleurs dans ce pauvre pays ?
En revenant nous étudions es batteries de B… et Ste B…Je les ai assez étudiées de haut pour les voir de près. A quatre heures nous sommes à R… et cherchons en vain un déjeuner tardif. Dans la ville tout est clos, détruit par les obus ; pillé par els soldats. Un boulanger nous donne un pain ; notre chauffeur a une boite de sardines.
En passant par B… nous constatons que pas une reconnaissance n’a eu lieu. Le commandant est furieux. Ce n’est pas trop tôt.